L’histoire de David
Article rédigé en 2007 pour Mosaïque, mensuel protestant
David a 23 ans et est sourd profond depuis sa naissance. Il est issu d’un milieu psychosocial défavorisé. Ses parents ne connaissent pas la langue des signes.
David a été orienté directement vers l’enseignement spécial où il est arrivé à élaborer un code de communication propre à lui-même.
Ses professeurs constatent très vite un déficit global : manque de repères, faible conscience de son identité et surtout manque de capacité d’intégrer le vécu et les normes de la vie sociale.
Ces derniers feront preuve, pendant toute sa scolarité, d’une bienveillance particulière à son égard.
En juin 2004 David assiste à une violente dispute familiale qu’il ne comprend pas. Ses professeurs s’inquiètent de son changement brusque de comportement. Dans les jours qui suivent, David s’enfuit de nuit et perce les pneus de plusieurs véhicules. La police l’arrête, il est menotté et ne peut plus s’exprimer, il se débat.
La situation s’aggrave, sa conduite est qualifiée de rébellion. Il est présenté devant le juge qui l’arrête et le fait conduire à la prison de Mons.
Suite au rapport d’expertise psychiatrique, David fait l’objet d’une mesure d’internement le 10 septembre 2004. Il sera transféré à l’annexe psychiatrique de la prison. Notons que la Ligue des droits de l’homme conteste cette batterie de tests qui fait appel à une composante verbale et culturelle très importante. Il va de soi que celle-ci s’avère inadéquate en présence de personnes présentant un déficit mental ou des troubles de la communication
Par bonheur, le conseiller laïc de la prison s’exprime en langue des signes et lui rend visite chaque semaine.
De mon côté, j’obtiens l’autorisation de le rencontrer régulièrement au parloir avocat.
Le conseiller laïc et moi essayons de lui expliquer la gravité de la situation. Mais malgré nos explications, David pense avoir été placé dans un internat différent des autres, plus sévère. Il demande inlassablement pardon et nous avons beaucoup de peine à le consoler.
En 2005, un séjour à l’essai est envisagé dans un premier home. David ne s’y intègre pas et suite à des comportements agressifs répétitifs est reconduit à la prison.
A ce moment, nous nous posons beaucoup de questions. Au cours de nos visites, David nous exprime son attachement à l’égard du personnel de la prison et nous comprenons qu’il souhaite rester à l’annexe psychiatrique. Sa détention a déjà duré trop longtemps, il a peur de ce qui l’attend au-delà des murs de la prison.
En 2006, nous tentons un placement dans un deuxième home. David s’y plaît et comme les autres y jouit d’une grande liberté. Les difficultés surviennent très vite, David ne peut gérer un budget, s’occuper de son appartement… Il s’enfuit avec la voiture d’une éducatrice et essaie de nous retrouver. La police est appelée et retour à la prison.
Après quelques semaines un expert psychologue est désigné et son rapport est pris en considération par la Commission de Défense Sociale. La Commission décide la mise en liberté à l’essai de David.
David a déjà passé 2 années en prison alors que la Convention des Droits de l’homme stipule qu’une personne handicapée ne peut y rester plus de 6 mois.
Problèmes spécifiques des personnes sourdes en milieu carcéral et rôle des aumôniers.
Son accès à l’écrit est très limité. Il ne peut donc quasiment pas communiquer avec l'extérieur.
Il ne comprend pas les ordres donnés. Il est sujet à toutes sortes de risques parce qu'il n'entend pas les avertissements sonores, cris ...
L'angoisse créée par l'absence totale de communication est très opprimante. Les malentendus surviennent très vite.
Face aux problèmes esquissés, il apparaît que les aumôniers de prisons peuvent jouer un rôle important, sensibilisant l'administration pénitentiaire et les gardiens aux problèmes particuliers des sourds.
Les aumôniers peuvent contribuer à diminuer cet isolement carcéral en favorisant des activités créatrices, culturelles, de formation religieuse intégrant le détenu sourd et sa spécificité culturelle. A travers une série d’attentions ils permettront au sourd incarcéré de pouvoir recréer du lien social... Ces attentions constituent aussi un indispensable préalable à l’assistance spirituelle.
On pourrait très bien imaginer que certains aumôniers apprennent la langue des signes et l’enseignent aux détenus qui le souhaitent.
Danièle Manouvrier
"Oui, Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans appui.
Il aura pitié du faible et du pauvre, il leur sauvera la vie.
Il les délivrera des gens faux et violents, car leur vie a du prix à ses yeux."
Psaume 72
